Le 16 février 1966, les quelque 3000 travailleuses de la Fabrique nationale d’armes de guerre de Herstal (FN) partent en grève avec pour principale revendication la stricte application de l’article 119 du traité de Rome sur l’égalité salariale entre hommes et femmes pour un même travail (« À travail égal, salaire égal »). La grève durera près de trois mois et deviendra un symbole du combat des femmes pour l’égalité de traitement.
En 1966, en plein cœur de cette grève, Jacqueline Saroléa, syndicaliste, militante féministe et journaliste radio, enregistre la parole des femmes dans une assemblée, dans la rue, dans une réunion, etc.
Ces enregistrements sont arrivés jusqu’à nous dans un très bon état de conservation. Ils font désormais partie de la riche collection de bandes analogiques présentes dans le fonds “Jacqueline Saroléa”, conservé à l’Institut d’histoire ouvrière, économique et sociale (IHOES). À l’occasion de l’exposition “Femmes en colère” commémorant les cinquante ans de la grève des travailleuses de la FN, ces bandes (au nombre de trois) ont été numérisées et sont désormais en grande partie écoutables ci-dessous.
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Une série de courtes prises de son permettant de se faire une idée de l’ambiance générale dans les rues de Herstal lorsque les grévistes y défilaient. On y entend des cris, des slogans, des chants, etc.
Divers extraits de prises de « son brut »
Des femmes chantent dans la rue
Des femmes scandent “Travail égal, salaire égal” dans la rue
Captée par Jacqueline Saroléa
Année : 1966
Annie Massay a travaillé au Syndicat des employés, techniciens et cadres (SETCa) de Liège de 1960 à 1995, d’abord comme employée, puis comme permanente en charge des grands magasins. En 1966, lors de la grève, elle sert d’intermédiaire entre les permanents syndicaux et l’assemblée de grévistes.
Annie Massay apporte le soutien du SETCa aux grévistes
Année : 1966
En 1966, Eugène Ruth (1913-1973) était secrétaire professionnel à la mécanique à la Fédération liégeoise des métallurgistes (FGTB). À ce titre, il prenait fréquemment la parole aux assemblées et participait aux négociations avec la direction.
Eugène Ruth explique le plan du conciliateur. Il est coupé par les grévistes qui se mettent à chanter « Le travail, c’est la santé » (assemblée du 3 mars 1966)
Eugène Ruth répond aux questions de l’assemblée et rappelle Germaine Martens (une des meneuses) à l’ordre
L’assemblée passe au vote et rejette massivement la proposition du conciliateur
Enregistré par Jacqueline Saroléa
Année : 1966
Germaine Martens, plus connue sous le nom de « la petite Germaine », était une militante communiste à la FN et une des meneuses tout au long de la grève. Connue pour son humour et son franc parler, elle s’exprimait très souvent dans les assemblées.
Germaine Martens prend la parole dans le public
Enregistrée par Jacqueline Saroléa
Année : 1966
Les chants de lutte avaient une importance non négligeable durant la grève des travailleuses de la FN, et notamment lors des assemblées, où les femmes se mettaient à chanter spontanément.
La foule chante « Le travail, c’est la santé »
La foule entonne « L’Internationale »
Enregistré par Jacqueline Saroléa
Année : 1966
En 1966, la FN comptait de nombreuses travailleuses d’origine étrangère, et particulièrement des Italiennes, raison pour laquelle les discours importants dans les assemblées de grévistes étaient dans la mesure du possible traduits en italien.
Une femme traduit en italien les propositions du conciliateur
Enregistrée par Jacqueline Saroléa
Année : 1966
Charlotte Hauglustaine (1922-2008) était une des meneuses de la grève des femmes. Déjà rompue à l’action syndicale, elle a été choisie le 3 mars 1966 comme présidente du comité de grève des ouvrières de la FN. Après la grève, elle a été élue déléguée syndicale (FGTB) à la FN.
« La raison de la grève de la FN n’est pas uniquement une question de gros sous, […] c’est en plus la promotion pour la femme […] »
« La grève a donné une prise de conscience aux femmes […] »
« Les hommes ont vu cette prise de conscience qui se faisait chez les femmes […] »
Interviewée par Jacqueline Saroléa
Année : 1966
Plusieurs grévistes (non identifiées) donnent leur avis sur ce que la grève de 1966 a changé dans leur quotidien, dans leur travail, etc.
Des grévistes témoignent
Interviewées par Jacqueline Saroléa
Année : 1966
Née à à Herstal en 1927, Rita Jeusette a travaillé comme femme-machine à la FN. De tempérament militant, elle a été nommée secrétaire du comité de grève en 1966. Elle a aussi été déléguée syndicale (CSC) jusqu’à sa prépension en 1979.
Rita Jeusette
Interviewée par Jacqueline Saroléa
Année : 1966